LOX
Une chronique proposée par Lox
depuis le 03/07/2008
Qui est LOX ?
Un auteur célèbre sous un autre nom? Les plus perspicaces reconnaîtront son style?

Sous la Loi des Filles (suite et fin)

Leçon numéro 1
Elle a été longue et j'étais tout seul dans la salle quand elle est revenue. Elle avait encore sa tenue de sport. Je ne savais pas ce qu'elle me voulait et je n'étais pas sur mes gardes. Elle m'a attrapé par le col, elle a posé son pied sur ma poitrine en basculant en arrière et, tandis qu'elle roulait sur le dos, elle m'a projeté en l'air.
" Leçon numéro un, a-t-elle scandé tandis que je m'écrasais à quelque mètres de là sur le tatami, la planchette japonaise ! ".
Je restais par terre et j'essayais de reprendre mes esprits.
" Tu rampes ? " ironisa-t-elle.
Elle vint se planter devant moi. Je redressai la tête afin de regarder ses orteils, mais elle posa le pied sur mon crâne pour m'écraser la face contre le tapis.
" Alors, siffla-t-elle, tu trouves toujours ça drôle ? "
Je compris qu'elle avait bel et bien cru que je faisais le malin tout à l'heure : elle avait dû s'imaginer que j'essayais ainsi de sauver la face. Et elle voulait faire tomber le masque dont elle pensait que je m'étais affublé. En d'autres termes : j'allais encore prendre des coups !
Elle a tourné autour de moi tranquillement, en me lançant quelques petites frappes avec le pied. Puis elle est revenue tout près de ma tête. Je pouvais à nouveau contempler ses orteils.
" Relève-toi ".
Avec lenteur, j'ai mis mes paumes à plat sur le sol et je me suis mis à genoux. J'ai courbé la nuque en arrière pour la voir. On s'est regardé pendant quelques secondes. Puis elle a levé la cuisse et elle a posé le pied sur ma face, sans précipitation : j'aurais pu l'éviter si je m'en étais donné la peine ou si j'avais été moins fatigué par ce qu'elle m'avait déjà fait subir. Elle a appuyé et je suis tombé encore :
" Tu ne veux pas te remettre debout ? Alors reste par terre. "
Je demeurais donc allongé, non seulement pour lui obéir, non seulement pour me sentir dévalorisé et humilié, mais aussi parce que c'était plus facile.
" Tu restes à terre et tu rampes, a-t-elle ajouté, je veux te voir faire le tour complet de la salle à plat ventre. "
J'avais la tête dans le coton et je n'ai pas réagi assez vite à son goût : elle m'a balancé quelques petits coups de pieds dans les jambes, les fesses et les côtes pour me rappeler à l'ordre.
" Aller vermine, rampe, rampe ! "
Je me traînais donc comme elle le voulait, en prenant garde d'avancer en restant bien écrasé sur le sol. Elle me suivait en répétant :
" Rampe, chien. Rampe, minable. Rampe, pourriture. Rampe, imbécile, crétin, rampe, rampe ! "
Elle marchait autour de moi et continuait à me battre légèrement avec ses pieds. Elle m'enjambait dans un sens puis dans l'autre. Parfois, elle me marchait sur le dos. Elle me giflait aussi avec son pied. J'étais essoufflé et en nage. J'avais mal fait le n?ud de ma ceinture blanche et il s'est défait. Quelques minutes plus tard, c'est mon pantalon qui a commencé à glisser en s'accrochant sur le tapis. Il est descendu jusqu'à mes chevilles. J'étais rouge de honte.

" Tu es gras comme un porc et velu comme un singe, s'est-elle esclaffée, t'as des sacrés jambonneaux à la place des cuisses, dis donc ! "
Elle a ramassé ma ceinture et elle s'en est servi pour me fouetter les jambes.
" Aller animal, tu as besoin d'exercice, active-toi, plus vite que ça ! "
J'essayai d'accélérer la cadence, mais j'étais déjà à bout de force.
_ Comment t'appelles-tu ? ai-je demandé dans l'espoir de détourner son attention et de la pousser à réduire un peu la pression qu'elle m'infligeait.
_ Ta gueule !
Elle m'a attaché ma propre ceinture autour du cou et l'a utilisée comme une laisse. Elle marchait maintenant devant moi et j'avais les yeux rivés sur ses talons nus. A chaque pas, j'entrevoyais durant un instant la plante de ses pieds. Elle avait bien serré la lanière de coton, qui comprimait ma pomme d'Adam. Le pantalon s'était noué autour de mes chevilles et j'étais contraint à utiliser surtout mes bras pour progresser. J'avais du mal à suivre son rythme et la ceinture se tendait et m'étranglait de plus en plus. Elle a fini par s'en rendre compte et s'est enfin arrêtée. Elle s'est installée sur mon dos, elle a bloqué mes bras en appuyant ses pieds sur mes poignets, elle a placé ses mains sous mon menton et m'a tiré la tête en arrière, m'infligeant ainsi une insoutenable cambrure. Paralysé par la douleur, la face congestionnée, la respiration haletante, le c?ur battant à un rythme effréné, je ne pouvais contrôler la bave qui débordait de ma bouche.
" Je m'appelle Fabienne. "
Elle m'a relâché un peu, puis elle a repris de plus belle, d'un coup de sec.
" Je m'appelle Fabienne et je te promets que tu vas t'en souvenir, espèce de mollusque hydrocéphale ! "
Maintenant, elle me balançait d'avant en arrière.
" Et un et deux, comptait-elle en riant, et un et deux ! "
Je suffoquais, j'avais envie de vomir, j'étais éreinté. Mais Fabienne s'amusait.
Pour finir, elle a tiré ma tête en arrière de toutes ses forces tandis que ses fesses écrasaient mes reins sur le sol. J'ai cru qu'elle voulait vraiment me casser le dos. Puis elle a ôté ses mains d'un coup. Catapulté en avant, mon visage a claqué sur le tatami. Si ç'avait été du parquet, j'aurais probablement eu le nez cassé. Elle m'a administré plusieurs claques sur le crâne.
_ Ecoute-moi bien nimbus, tu as une gueule qui ne me revient pas du tout. Tu pues. Tu es con. Alors tu vas gicler d'ici et ne plus jamais y revenir. Compris ?
_ Oui Fabienne.
_ La prochaine fois, je serai moins clémente.

Cinq ceintures
J'étais prévenu. J'avais bien capté le message et j'en ai tenu compte. Du moins ai-je essayé. Pour être tout à fait franc, j'étais quand même assez traumatisé. Fabienne m'avait fait peur. Je n'ai plus remis les pieds Gare du Nord pendant près de trois mois. Je pensais pourtant tous les jours à elle. Quand le printemps est arrivé, avec sa traditionnelle poussée de sève et de désir, je n'ai pas pu résister plus longtemps. Les horaires des cours n'avaient pas changé. Par trois fois j'ai rebroussé chemin avant d'oser entrer dans le dojo. Je devais tout de même finalement céder à cette impulsion fatale qui a toujours pesé sur ma vie. Peut-être qu'une belle sorcière aux fins et longs cheveux noirs a jeté un sort sur mon berceau ? Peut-être existe-t-il quelque part dans les limbes une Divinité féminine qui se divertit avec moi comme une panthère avec un petit rat ? Qui sait ?
Je n'étais pas fier dans le vestiaire. Je me suis aperçu par hasard dans la glace et ma pâleur ne m'a pas rassuré. Soudain, j'ai vu aussi le reflet de Fabienne : elle venait de passer devant la porte ouverte. Heureusement, elle ne m'avait pas remarqué. La terreur m'épuisait et je me suis assis sur le banc pour souffler un peu. Et puis, il a bien fallut y aller? Je me demandais si j'allais passer la nuit à l'hôpital. Pendant le footing et l'échauffement, j'ai gardé les yeux rivés au sol. Je croyais sentir constamment le regard assassin de Fabienne. Quand je me suis enfin décidé à relever la tête, j'ai subi une cruelle déception : elle n'était pas là. Je redoutais et désirais tellement sa présence que j'avais eu une hallucination. En revanche, il y avait plus de filles qu'avant. Elles étaient cinq maintenant : une ceinture noire, une bleue, deux vertes, une orange. En traînant près d'elles, j'allais bien vite apprendre leurs prénoms. La ceinture noire était une blonde aux longs cheveux fins et aux yeux bleus, Sabrina. La ceinture bleue était vietnamienne. Elle s'appelait Kyu. Sandrine et Marine étaient ceintures vertes. Sandrine avait des cheveux châtains tressés en une longue natte, avec une frange sur le front. Ceux de Marine étaient noirs et courts : rasés sur les tempes, les mèches en bataille sur le crâne. Ca leur allait très bien à toutes les deux. Lorraine, qui avait la ceinture orange, était blonde comme Sabrina mais ses yeux étaient marrons. Elle avait une queue de cheval. Elles travaillaient ensemble, ce qui peut se comprendre. Elles s'étaient toutefois organisées en duo selon leur niveau : Sabrina avec Kyu d'un côté et Marine avec Sandrine de l'autre. C'était donc facile de m'immiscer dans leur petite bande en me rapprochant de Lorraine, qui était un peu isolée. J'ai joué le garçon bien élevé et l'humble apprenti. La bonne ambiance qu'il y avait entre elles m'a permis de placer quelques phrases gentilles et drôles. J'ai gagné leur sympathie. Quand j'ai senti qu'elles m'avaient adopté, je me suis aperçu que ce n'était pas le meilleur moyen pour les inciter à m'humilier ! Bien sûr, je n'opposais guère de résistance à Lorraine et elle me mettait facilement à genoux ou carrément au tapis.
" Ca va ?" me demandait-elle.
Je me relevais en souriant. Quand c'était à mon tour d'attaquer, je faisais exprès de m'y prendre mal pour ne pas avoir le dessus même quand elle me facilitait la tâche. Elle devait vraiment me prendre pour un nul (ce que je suis, d'ailleurs). J'appréciais la situation, mais ce n'était pas tout à fait ce que je voulais : elle était trop douce, elles étaient trop gentilles. Comment faire pour qu'elles m'infligent ma raclée ? Si j'abattais mon jeu franchement, elles risquaient de se détourner de moi avec dégoût. Je décidai de lancer quelques vacheries pour les énerver un peu et leur donner envie de me remettre à ma place?
_ Finalement tout ça, c'est comme de la danse et la danse est un truc de filles et de PD, c'est pour ça que vous êtes meilleures que moi.

Comment ?! s'est exclamée Marine d'un ton autoritaire et lourd de menace.
_ Exactement, ai-je insisté, dans une vraie bagarre j'aurais le dessus sur vous cinq, et facilement !
_ Je ne pensais pas que tu étais comme ça ! a dit Lorraine.
_ Non mais il rêve celui-là ! a lancé Sandrine.
_ Connard !
La dernière réplique, c'était Marine, et je n'ai pas osé soutenir son regard.
_ Qu'est-ce qui se passe ? a demandé Sabrina.
_ Ce petit macho de merde prétend qu'il peut nous battre toutes les cinq, a expliqué Marine.
_ Il a dit ça ? s'est étonnée Kyu.
_ Il a même dit : toutes en même temps, a précisé Sandrine.
_ Explique-moi pourquoi Lorraine te met ta branlée depuis tout à l'heure ? m'a interrogé Sabrina sur un ton à la fois railleur et provocant.
_ Il dit que ça ne serait pas pareil dans une vraie bagarre, a répondu Marine à ma place, avec véhémence.
_ Et bien, a tranché Sabrina, on va voir si tu peux battre une ceinture noire, pour commencer, dans une vraie bagarre, à la fin du cours, d'accord ?
Je n'avais plus le choix. Mais je ne sais pas quel démon m'a poussé à renchérir :
" Je te promets de ne pas te faire trop mal, ma poupée."
Elle n'a pas répondu. La leçon s'est achevée dans un silence un peu tendu.
J'ai encore marmonné assez fort pour qu'elles m'entendent :
" Un homme qui n'a jamais fait de sport de combat battra toujours une femme, même une experte en arts martiaux."

Les orteils de Lorraine
" A nous deux ! " s'est exclamée Sabrina en me rejoignant sur le tatami. Elle m'avait fait attendre longtemps. Tout le monde était parti, excepté moi et les cinq jeunes femmes. Pourtant, elle est restée vingt longues minutes à discuter avec Lorraine et Kyu. Isolé dans mon coin, je les entendais rire. Pour cacher ma nervosité, je m'adonnais à de petits exercices physiques, sous l'?il noir de Marine qui, postée à quelques pas, ne cessait pas de me fixer en déblatérant sur mon compte avec Sandrine. Je faisais semblant d'ignorer ces propos insultants, comme si j'avais pu ne rien entendre, mais personne n'était dupe : il aurait fallu être sourd pour y échapper. J'ai sursauté quand Sabrina a dit : " A nous deux ! ".
Je me suis tourné vers elle. Elle arrivait sur moi d'un bon pas. Je m'attendais à recevoir un coup de pied ou un coup de poing mais j'étais beaucoup trop tendu pour tenter d'y échapper. La peur me paralysait. Contre toute attente, elle a souri.
_ Tu veux toujours te battre ?
Elle était gentille. Elle me laissait une chance. J'ai retrouvé immédiatement ma folle assurance.
_ Bien sûr. Pas toi ?
_ Bon. Alors amène-toi !
Elle m'a fait signe de m'approcher avec la main, c'était un petit geste méprisant, ironique et plein de défi. Je n'ai pas bougé.
_ Tu cales ?
C'était la dernière porte de sortie qu'elle m'offrait. Je n'étais déjà plus capable de m'en rendre compte. Et j'étais aussi incapable de parler. Je me suis mis en garde pour me donner une contenance. Elle a ricané.
Son pied est parti comme un éclair. Coup latéral. Je l'ai reçu dans la hanche. La douleur m'a coupé le souffle. Projeté à plusieurs mètres, je battais des bras pour essayer de me rétablir. Elle m'avait envoyé loin d'elle mais elle avait suivi le mouvement et elle a pu enchaîner : j'ai reçu son autre pied sous le menton. Je ne l'avais même pas vu venir. Ca a claqué. L'impact m'a relevé à la verticale comme un pantin désarticulé. Aussitôt, Sabrina m'a flanqué un troisième coup de pied, dans les reins. J'ai basculé en arrière sans comprendre ce qui m'arrivait. C'était comme si toutes les lois de la physique devenaient folles. En une seconde, j'ai vu défiler le plafond dont les néons m'ont aveuglé, puis le sol et à nouveau le pied de Sabrina qui m'a cogné cette fois en pleine face. Quand je me suis écrasé par terre, j'avais l'impression qu'elle m'avait fait virevolter pendant une demi-heure, mais je savais que ça n'avait pas duré plus d'une minute, peut-être à peine quarante-cinq secondes. J'ai voulu me relever, mais je n'ai pas réussi. J'ai vaguement poussé sur mes bras avant de m'effondrer à nouveau. Je me suis rendu compte que les filles riaient.

_ Il ne fait plus le malin ! J'ai reconnu la voix de Marine, gouailleuse à présent, délivrée de sa colère, emplie de réjouissance.
_ Tu m'as appelée " poupée " tout à l'heure. Là, c'était Sabrina, soudain glaciale. Je n'ai pas beaucoup aimé ça, a-telle ajouté.
_ Pardonne-moi Sabrina s'il te plaît?
_ C'est lui la marionnette ! s'est écriée Sandrine, tu l'as fait valser comme une marionnette.
Je me suis recroquevillé et j'ai caché ma tête dans mes bras. Sabrina a posé un pied sur mon dos arrondi.
_ Qu'est-ce que tu disais sur les femmes tout à l'heure ?
J'ai reçu un coup de pied dans le cul. J'ai pensé que c'était Marine. Mais quand celle qui m'a frappé a fait un pas de côté, j'ai reconnu les orteils de Lorraine, que j'avais eu le temps de contempler maintes et maintes fois pendant qu'elle m'appliquait toutes les prises du cours, un peu plus tôt.
_ T'as perdu ta langue ? a insisté Sabrina. Ou tu ne me réponds pas parce que tu veux me contrarier ?
Je sentais la plante de son pied nu sur mon dos. Je roulais des yeux affolés sur les pieds des filles qui avaient fait cercle autour de nous.
_ Non, non Sabrina, je ne veux pas te contrarier, ne me frappe plus s'il te plaît, je ferai tout ce que tu voudras !
Eclat de rire général. Rires féminins.

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